Péril en la demeure

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L’Algérie ne peut pas échapper aux règles et normes régissant les économies modernes faites de prospective, du sens de la prévention et de gestion des risques. Dans la plupart des pays du monde, les coûts inhérents aux risques mineurs ou majeurs sont intégrés dans la structures des coûts globaux des biens et services produits par les entreprises. À l’échelle de la communauté et de la nation tout entière, les institutions algériennes (administration, bureaux d’étude, entreprises, instituts de recherche) sont en train de capitaliser peu à peu les expériences malheureuses des catastrophes naturelles et des accidents industriels ou domestiques vécues par le pays dans un passé récent, et Dieu sait qu’il y en a eu à profusion. C’est ainsi que l’Algérie s’est dotée, à partir de 2005, d’une législation élaborée par le ministère de l’Aménagement du territoire et de l’Environnement visant à améliorer les mécanismes de prévention des risques et les dispositifs d’intervention en cas de leur survenue. Pour protéger au maximum les biens et les personnes et mettre à l’abri des grandes catastrophes l’économie nationale, il n’y a d’autres choix que de préparer les hommes, les institutions, les équipements et l’organisation à de tels défis dictés par la complexité de l’environnement moderne et certains dérèglements sociaux ou naturels. Des drames vécus à l’échelle d’une région du pays ou de plusieurs wilayas (inondation de Bab El Oued, Séismes de Aïn Témouchent et Boumerdès, accidents industriels survenus à la centrale électrique d’El Hamma et au complexe pétrochimique de Skikda) ont mis à nu les défaillances du système de veille et de prévention des risques naturels et industriels qui pèsent sur l’économie nationale et sur la sécurité des biens et des personnes. Pis, ces calamités ont mis à rude épreuve nos capacités et nos techniques d’intervention lorsque le péril advient. L’anarchie qui marque les opérations d’intervention et de sauvetage menées par la Protection civile, le SAMU, le Croissant-Rouge et les personnels bénévoles lors du déclenchement des plans Orsec (Organisation des secours) obère considérablement les efforts de tous ces intervenants et en relativise fortement la portée. De même, les capacités managériales dans la prise en charge des conséquences des catastrophes sont des plus contestables. En amont et en aval, dans les missions circonscrites à des services isolés ou dans un maillage de responsabilités censées ingénieusement être coordonnées, la stratégie de la gestion des risques n’est pas encore bien maîtrisée. En effet, le travail de sensibilisation n’a jamais été le point fort des pouvoirs publics. Ce n’est qu’en 2006 que Boubekeur Benbouzid, ministre de l’Éducation nationale, a réfléchi à un programme portant sur la sensibilisation, dans le milieu scolaire, aux risques sismiques et aux techniques primaires de sauvetage. Un autre handicap de la culture de la prévention dans notre pays est assurément lié à un déficit de polices d’assurances, phénomène aussi intimement lié à un manque de sensibilisation. Beaucoup d’infrastructures, équipements et autres biens (immeubles, maisons, ateliers, fermes,…) demeurent encore sans aucune assurance. Outre les aspects coercitifs que la loi portant sur la prévention des risques majeurs a inscrit dans ses clauses, le volet sensibilisation est impérativement appelé à s’élargir et à se renforcer pour intégrer les citoyens et la société tout entière dans la nouvelle stratégie visant la protection de la collectivité nationale.

A.N.M.

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