Mc Carthy, pour sauver l’honneur

En préférant -dans les sondages du moins- Barack Obama à John Mc Cain, l’Amérique donne aujourd’hui l’image d’un pays soulagé de ses épouvantails les plus coriaces. Le « gauchisme » ne fait plus peur aux Américains qui découvrent, d’abord hagards, puis franchement enthousiastes, que finalement, les pauvres ne sont pas forcément des fainéants, des incapables et des sangsues. Mieux, ils veulent que ça change, parce qu’un homme jeune, énergique, confiant et inspirant confiance, ni tout à fait Noir ni vraiment Blanc, est en train d’incarner l’idée qu’une autre Amérique était donc possible. Celle d’une puissance qui ne bombe pas le torse dans tous les recoins du monde parce qu’il y a quand même un bonheur à construire intra-muros. Pas tout à fait mais « noir quand même », Barack Obama se soigne d’un handicap qu’il sait encore tenace. Et il le fait non pas par ruse électorale mais par conviction. Ce n’est pas de seulement savoir qu’il n’a aucune chance d’être président en se présentant comme candidat communautaire mais aussi d’avoir perçu que son pays est en train d’être traversé par une lame de fond à laquelle il serait historiquement suicidaire de tourner le dos.

En gagnant le premier duel des primaires face à une rivale qui ne manque ni de popularité ni de compétences le candidat démocrate a d’abord dégivré sa famille politique avant de dégivrer l’Amérique. Les analystes qui ont tout de go prédit que le gain de la bataille devrait suffire au bonheur d’Obama, qui perdra à coup sûr la guerre, font aujourd’hui amende honorable.

Les républicains qui redoutaient, eux, d’affronter Hillary Clinton et qui avaient pris l’investiture d’Obama comme du pain bénit, sont aujourd’hui dans leurs petits souliers. Dans l’absolu, ils avaient pourtant raison. C’est avec le parti démocrate qu’ils allaient en découdre après tout, et celui qui pouvait en incarner l’image, le discours et le programme était plutôt Mme Clinton. En plus d’un certain charisme personnel, elle héritait de l’aura de son mari dont le mandat, encore frais dans les mémoires, l’aura consacré comme l’un des présidents les plus populaires de l’histoire des Etats-Unis.

Le candidat républicain, John Mc Cain, qui sait que le bilan de Bush n’est pas brillant, pensait tenir en le sénateur de l’Illinois l’adversaire qui allait en tirer le moins de profit.

Il avait tort, parce que si Barack Obama n’était pas le démocrate incarné, il est avéré maintenant que c’est plus un avantage qu’un inconvénient, puisqu’il a pu séduire jusque dans le jardin républicain, et le ralliement du général Collin Powel en est l’illustration la plus spectaculaire. C’est pourtant, une fois n’est pas coutume, sur le plan économique que les choses se sont jouées. Les Américains ne savent plus ce que c’est que d’être gauchiste en dehors du fait que ce qualificatif revient trop souvent dans la bouche de Mc Cain quand il parle d’Obama.

Ils savent par contre ce que propose le jeune sénateur, la perspective d’un quotidien meilleur, et ce qu’il fustige, une certaine idée de l’Amérique dont ils viennent de vivre dans les pires douleurs, la situation la plus caractéristique.

Obama a-t-il pour autant déjà gagné ? Pas encore, mais ce n’est pas si loin. Même si d’autres analystes, aussi perspicaces que les premiers, semblent avoir un dernier lapin dans leur chapeau. Il peut avoir la couleur des 8% d’Américains qui « ne sont pas encore prêts à voter pour un Noir » ou celle de vieux Texans blasés qui redécouvrent les vertus du maccarthisme. L’Amérique, elle, a peut-être vraiment changé.

S. L.

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