Le calvaire continue pour les usagers de la RN 5

Les usagers de la RN 5 se souviendront longtemps du calvaire qu’ils ont vécu pour traverser la ville de Kadiria. Si aujourd’hui, l’ouverture du tronçon d’autoroute Lakhdaria-Ziraouales en a grandement soulagés, ils ne verront pas de sitôt la fin de celui qu’ils sont en train de revivre à Aomar. Il y a à peine quelques mois, pour les usagers de la RN 5, traverser la ville de Kadiria était un véritable test de la maîtrise de soi. Les bouchons de plusieurs kilomètres qui se formaient quotidiennement aux entrées de la ville leur mettaient les nerfs à vif. L’inexistence d’autres voies pour délester et régulier la circulation ne leur laissait d’autres choix que de prendre leur mal en patience et de faire preuve d’un grand sang-froid pour éviter les altercations. Cette situation a été aggravée par la mise en place de quatre ralentisseurs au niveau de l’agglomération de Tiliouine à quelques centaines de mètres de Kadiria. En traversant la chaussée, un enfant s’est fait écraser par un automobiliste, les habitants de cette localité ont violemment manifesté leur colère. Ils ont exigé et obtenu des autorités locales la mise en place immédiate de ralentisseurs, ce qui a provoqué l’ire des usagers de la RN 5 déjà très irrités par le ralentissement et souvent par le blocage de la circulation qui durait des heures. L’agglomération ne se situant que d’un seul côté de la route, aucun ne comprenait le pourquoi de la mise en place de ces ralentisseurs qui ont causé encore plus de désagréments aux automobilistes. L’accident survenu à cet endroit, sans vouloir être cynique, ne justifiait aucunement la mise en place de ces dos-d’âne. S’il faut poser un ralentisseur à chaque endroit où se produit un accident sur le tronçon Lakhdaria-Bouira, réputé pour être le plus meurtrier d’Algérie, il faudrait alors en poser un tous les dix mètres. Si l’ouverture de ce tronçon d’autoroute, d’une dizaine de kilomètres, a été accueillie avec un grand soulagement par les usagers de la RN 5, l’évitement de la ville de Kadiria a, par contre, attristé ses habitants. Il en a fait une ville morte,lui donnant l’air d’un douar plutôt que d’un chef-lieu de daira. Beaucoup de commerçants ont dû se résigner faute de clientèle, à baisser rideaux. La désolation se lit sur tous les visages du peu de gens que l’on croise dans la rue. En un rien de temps, une ville si grouillante s’est transformée en bourgade où règne désormais un calme tristement plat. Mais les automobilistes ont vite désenchanté. Le problème de la circulation qui les a agacés pendant longtemps à Kadiria n’a été que «délocalisé». Il se pose maintenant avec plus d’acuité à Aomar. Il se trouve aggravé par la position de cette ville qui se situe à la croisée de deux routes nationales des plus fréquentées du pays, la RN 5 et la RN 25. Pour ceux qui viennent d’Alger, c’est la première ville qu’ils traversent et chacun a sa raison pour s’arrêter. Pour faire leurs achats, ceux qui rentrent sur Alger profitent de la multitude de commerces que leur offre la dernière ville avant de prendre l’autoroute. Il se produit alors un grand cafouillage et commencent à se former d’interminables bouchons causés par ceux qui quittent ou ceux qui cherchent une place de stationnement, par les sans-gènes qui immobilisent leur véhicule au milieu de la chaussée pour faire leurs achats, par ceux dont les véhicules ont chauffé. De tout cet embrouillamini, naît une grande anarchie qui vient compliquer davantage une situation de désordre déjà insoutenable. Les embouteillages sont énormes et chaque jour apporte ces causes pour que cette situation perdure. Le dimanche, soit ce sont les entrées et sorties du marché des fruits et légumes qui se trouve au bord de la RN 5 qui provoquent l’embouteillage. Le lundi, jour de marché hebdomadaire, et le mardi, jour de marché de voitures, il faut s’armer de beaucoup de patience et faire preuve d’un grand flegme pour traverser la ville. A la vue des kilomètres de bouchons qui ne finissent pas de s’allonger, les nerfs sont mis à rude épreuve. Quand le soleil est au zénith et que ses rayons brûlent les peaux, il ne faut surtout pas réveiller l’ours qui sommeille en chaque automobiliste, le moindre geste mal interprété, la moindre parole prononcée de trop suffisent pour en venir aux mains. Le mercredi, avec les départs en week-end, la circulation se fait à pas de tortue quand elle n’est pas carrément bloquée des heures durant. La présence quotidienne de gendarmes et de motards de la sécurité routière supplés par des gardes communaux pour réguler et fluidifier la circulation s’avère parfois inefficace, tant la circulation est dense. Si des mesures dissuasives ne sont pas prises et appliquées avec la plus grande rigueur pour châtier les récalcitrants et ceux qui ne savent que foutre la pagaille, ce n’est pas demain que nos chauffards se montreront disciplinés et feront preuve de civisme pour mettre fin à ce foutoir. Si l’ouverture du tronçon Ziraoua-Bouira tarde à venir, les usages de la RN 5 ont grand intérêt à s’armer de patience. Ils doivent être d’un calme olympien pour ne pas réagir aux multiples provocations des irrespectueux chauffards zélés qui pullulent sur nos routes. Ils devront faire sur eux-mêmes un grand travail psychologique pour admettre qu’ils devront souffrir encore pendant longtemps avant de voir arriver la fin de leur calvaire.

Ahmed Chibani