Entre l’oisiveté et la tentation du vice

L’investissement privé créateur d’emplois a contribué dans une large mesure à contenir le chômage endémique qui sévit dans la région d’Akbou. Les travailleurs issus des compressions d’effectifs et des dissolutions d’entreprises publiques se sont, pour la plupart, remisés dans ces petites unités industrielles du secteur privé dont ils font aujourd’hui les beaux jours.

Prenant leur courage à deux mains, des dizaines de jeunes ont pu transcender leur frilosité et réussir à s’insérer dans la vie professionnelle en montant leur propre entreprise, grâce aux mécanismes d’aide mis en branle par l’Etat par le biais de l’ANSEJ, l’ANGEM et la CNAC.

Cependant, le large écart qu’il y a entre l’offre d’emploi et les opportunités d’investissement d’un côté et de l’autre, le nombre sans cesse plus élevé des contingents de jeunes qui arrivent sur le marché du travail, de même que l’inadéquation entre le profil de formation des demandeurs d’emploi et les besoins des secteurs utilisateurs, font que la courbe du chômage dans la région poursuit sa course folle.

Ils sont nombreux, ces jeunes laissés en rade et qui traînent leurs guêtres comme un boulet de forçat. De leurs propres aveux, le recours aux expédients est le puis-aller auquel la majorité se résout pour se tirer d’affaire. L’oisiveté étant mère de tous les vices, une ribambelle de ces jeunes intellectuels ont vite fait de succomber à l’irrésistible tentation de la toxicomanie et autres actes délictueux. « Un pays qui méprise sa jeunesse est voué à la régression et à la décadence », tonne à brûle- pourpoint Meziane, 28 ans, ingénieur de son état. Désabusé, il poursuit : « J’ai fait des pieds et des mains pour dégoter un job, même sous-qualifié, mais on m’a toujours fermé la porte au nez sous prétexte que je manque d’expérience ». Recalé au bac pour la deuxième année consécutive, Boussaâd, originaire d’Ighram est « dirigé vers la vie active », selon la formule consacrée d’une pléthore d’illusionnistes du système éducatif. Et notre juvénile héros se retrouve aspiré, à son corps défendant, dans le tourbillon des miasmes existentiels. Il nous confie ses déboires : « J’ai enchaîné plusieurs boulots, dont le dernier en date fut dans un cybercafé. Le propriétaire ne m’a versé que la moitié du salaire convenu, arguant du manque de rentabilité », éructe-t-il. Le cas de Boussaâd, on s’en doute, n’est pas unique. Ayant appris à ne pas prendre pour argent comptant les promesses mielleuses des pouvoirs publics, qui nourrissent plutôt l’illusion que l’espoir. Ces jeunes laissés-pour-compte n’en finissent pas de ruminer leur désarroi et de ressasser leur ras-le-bol. Ras-le-bol de la malvie et du rêve qui se fait cauchemar quotidien.

N. Maouche