Les besoins en formation pour le personnel d’encadrement et d’exécution de la nouvelle entreprise algérienne, qu’elle soit publique ou privée, semblent imposer de plus en plus une nouvelle vision et réclamer de nouveaux moyens (financiers, pédagogiques, didactiques) pour se mettre au diapason de ce qui se fait de mieux à travers le monde en matière de création de richesse et de développement. La promotion de l’entreprise- sur le plan de la productivité de l’innovation, de la compétitivité et, enfin, de la longévité- ne peuvent plus se concevoir aujourd’hui sans un background adapté permanent et renouvelé.
La tendance en Algérie est, depuis le début des années 2 000, à l’encouragement de la petite et moyenne entreprise, orientation économique complètement différente de celle qui faisait valoir les grandes entreprises héritées de l’ère de l’économie administrée. C’est là une typologie d’entreprise dictée par la nécessité historique de l’évolution économique mondiale qui comporte beaucoup d’avantages en matière de gestion de la ressource humaine- le nombre de travailleurs étant situé dans une taille maîtrisable-, de fiscalité et de flexibilité du temps de travail. Pour ce qui est de la formation qualifiante et de la formation continue, les PME/PMI bénéficient de plus en plus de l’attention aussi bien de leurs propres managers que des pouvoirs publics. Que ce soit en matière d’infrastructures pédagogiques et d’équipements des ateliers qu’en matière de création de nouveaux profils tels que réclamés par les différents secteurs économiques, la cause semble entendue pour un réveil salutaire d’un secteur qui, partout dans le monde, est considéré comme la base de la création et du développement du tissu d’entreprises.
La conférence régionale de la formation et de l’enseignement professionnels tenue en 2008 s’était penchée sur les nouveaux défis qui se posent à ce secteur dans le contexte de la nouvelle économie où les différents investissements- aussi bien dans les secteurs de l’industrie et de l’agriculture que dans le secteur des services- réclament une main-d’œuvre spécialisée, des agents d’exécution compétents et un encadrement de qualité.
En effet, le savoir-faire, l’économie du savoir et le règne de la compétence sont le soubassement obligé de toute relance économique et de développement durable. En outre, dans certains pays émergents ou même en développement où le tissu de PMI/PMI a bénéficié d’un maillage conséquent sur le territoire, la formation continue tout au long de la carrière professionnelle du travailleur est devenue une donnée naturelle par laquelle la mise à niveau professionnelle s’acquiert et se développe.
Vers des formations innovantes
Au milieu des années 2 000, MDI Business School d’Alger a réalisé un sondage auprès de certains managers algériens, un échantillon de 112 dirigeants. L’objectif assigné par cette école au sondage était d’évaluer le marché de formation supérieure en management et d’adapter en conséquence ses offres de formation. Il en ressortit que les contraintes principales de l’entreprise algérienne sont les ressources humaines (9,69 %), les capacités de marketing (9,44 %) et la compétition (7,47 %). Le rapport de synthèse note que « ces trois domaines arrivent en premier sur la liste des contraintes, loin devant la qualité des réseaux de distribution, l’amélioration de la technologie, les ressources financières et les opportunités de marché (…) C’est là une reconnaissance forte du besoin de renforcer les capacités managériales pour bâtir la compétitivité ». De même, la formation de managers, particulièrement la formation continue in situ, souffre de certains impondérables. 21 % des managers sondés répondent que leur entreprise leur a assurés une formation adaptée. Les autres révèlent que les formations auxquelles ils sont appelés sont épisodiques. L’étude de MDI ajoute : « Ainsi, non seulement les capacités managériales existantes dans les entreprises sont jugées insuffisantes, mais les possibilités de recrutement de compétences extérieures sont peu performantes (…) Le développement des compétences managériales par la formation est une solution qui n’est pas vraiment exploitée par les entreprises algériennes (…) Les managers algériens portent ainsi un regard très critique sur le contenu des formations dispensées et appellent ainsi à une amélioration qualitatives des formations en management pour les cadres supérieurs (…) L’expression des besoins pour des formations avancées appelle à des formations innovantes de haut niveau et centrées sur le changement de posture qui ne pourront être mises en œuvre que dans des formules de coopération massives avec de grandes business school internationales ».
Langues étrangères : une incontournable exigence
Le savoir et le savoir-faire se communiquent par le moyen des langues qui ont pu, les premières, assimiler et intérioriser les aspects pratiques de ces savoirs et ont pu, par conséquent, leur conférer la portée et la profondeur didactiques.
Depuis l’entrée de l’économie algérienne dans une étape de transition vers une économie de marché la nécessité de pratiquer et même de maîtriser d’autres langues autres que le français et l’arabe se révèle une impérieuse nécessité. Des managers de plus de cinquante ans d’âge se sont mis ou remis au dialogue et à la dissertation en anglais, espagnol ou allemand. Il est évident que la langue la mieux partagée par les intervenants dans le domaine de l’entreprise et du commerce international demeure l’anglais. Le délégué général de l’Association des banques et établissements financiers (ABEF) juge que ‘’la dimension linguistique est un élément de compétence dans ce milieu’’ et il répond ainsi à une question posée dans ce sens par le quotidien algérien La Tribune du 16 février 2008 : « Les réglementations bancaires appliquées en Algérie sont maintenant harmonisées au niveau mondial. Une partie de la réglementation du secteur bancaire possède une dimension internationale. Donc, nous sommes mondialisés sur les règlements et sur les concepts. En matière de commerce international, il y a ce qu’on appelle les incoterms qui sont des termes et des concepts utilisés partout à travers le monde et qui signifient la même chose et font même l’objet de ce qu’on appelle les règles universelles qui sont dans la Chambre internationale de commerce (…) L’usage des langues universellement utilisées, notamment l’anglais dans ce secteur, nous impose de prendre des cours au niveau de nos établissements. Les cours de langues étrangères, mais surtout l’anglais, sont considérés aussi importants que les cours sur les techniques bancaires. Au sein des banques, nous avons des écoles et nous avons régulièrement des agents, des centaines de cadres qui perfectionnent leur anglais (…) Pour mener à bien sa carrière et aller loin dans sa vie professionnelle, il faut avoir au minimum un SNMG linguistique ».
Amélioration des savoirs pratiques
Abdessalam Saâdi, directeur de l’Institut national de commerce (INC), juge, quant à lui, que « le profil d’un manager doit être polyglotte et, avec l’ouverture des frontières, le commerce s’internationalise et le marché mondial est devenu une gigantesque entreprise. Dans cette ouverture des frontières, l’enseignement des langues étrangères est très important ». Dans l’objectif de s’inscrire dans le processus de l’élargissement de la coopération internationale, il importe, selon lui, de « revoir la politique linguistique de l’université algérienne »
Dans la revue Tertiaire de novembre 1990, J-P. Sicard écrit à propos de la formation continue au sein de l’entreprise : “Le système de formation lui-même sera appelé a se transformer. D’abord, parce qu’il devra prendre en compte des évidences parfois oubliées : la qualité d’une formation ne se réduit pas à l’épaisseur des programmes d’enseignement, à la seule durée des études. Son allongement doit aussi se traduire par des progressions plus lentes, par une meilleure assimilation des connaissances. Il faut chercher à développer l’esprit de méthode, les capacités à communiquer, à imaginer, à entreprendre. Ainsi, par exemple, il est nécessaire, pour faire face à la demande économique et sociale, de substituer à un système éducatif formé de filières divergentes et d’orientation irréversibles un enseignement ménageant toujours plusieurs parcours. Cette nouvelle structure, maillée ou interconnectée, doit permettre des orientations non définitives (…) La formation professionnelle continue devrait d’ailleurs prendre une place beaucoup plus centrale dans la vie de chacun, rendant en partie obsolète l’approche retenue dans les projections présentées du seul “niveau de formation initiale”.
Les passages formation initiale-expérience de travail-formation continue devenant multiples au cours de l’entrée dans la vie active, des cursus très différenciés pouvant conduire à un niveau de diplôme équivalent, la mesure du niveau de formation de chaque catégorie d’emplois nécessitera d’autres concepts statistiques que ceux qui sont utilisés aujourd’hui.
Reste qu’en Algérie, les incitations vers l’améliorations des savoirs pratiques et la consécration de la formation continue comme une donnée naturelle au sein de l’entreprise ne bénéficient pas encore d’une vraie politique de soutien de la part des pouvoirs publics. En effet, vu son importance dans le processus de promotion de l’entreprise et d’intégration de nouveaux personnels au sein celle-ci, il y a lieu de réfléchir sérieusement à la défiscalisation des dépenses de formation continue et à l’ouverture de sections spécialisées dans certains centres de formation pour ce type de formation spécifique qui relève, en termes de psychopédagogie, de l’enseignement des adultes.
Amar Naït Messaoud
