Rachid Kahar, avocat de profession et auteur à ses heures, vient de nous offrir trois nouveaux romans d’une extrême sensibilité. Plongeant dans l’actualité nationale, il a puisé dans notre vécu citoyen les drames qui meublent le quotidien d’une jeunesse qui souffre le mal vivre et qui tente de survivre dans une société qui ne lui offre aucune perspective. Dans les frères ennemis Kahar fustige, à travers l’affaire de Abdeslam (personnage central de son roman), le système judiciaire expéditif et tente de dresser un tableau d’une vie collective villageoise dans les montagnes de Kabylie. Rien n’est laissé au hasard, l’ennui, la haine, l’amour, les travaux champêtres, bref, une fresque qui allie beauté et laideur. C’est l’histoire d’un maître d’école en retraite qui vient au secours d’un de ses élèves pris dans la tourmente. Accusé à tord d’un assassinat, Abdeslam tente tant bien que mal, à sa sortie de prison, d’apprendre à revivre, mais son passé le rattrape…
Le second roman les naufragés de l’Albatros traite du phénomène Harraga. Sur la plage de Sidi Salem, un petit groupe d’oisifs tue le temps dans le bar l’Albatros. L’arrivée d’une journaliste étrangère les sort de l’ennui et leur donne l’occasion de se lancer dans une grande mystification : ils veulent lui faire croire qu’ils sont sur le point d’organiser une expédition de harraga. La journaliste est bernée, d’autant qu’un vieux rafiot que tonton propriétaire utilisait autrefois pour pêcher, est mis à la disposition du groupe qui commence à croire qu’une vraie aventure est possible pour atteindre la Sardaigne.
Le troisième et dernier Roman et le plus attendu les hirondeaux ne feront plus le printemps, traite du sujet brûlant du printemps noir de Kabylie. Une histoire de couples et de familles qui se déchirent sur fond trouble et violent du printemps amazigh et de la décennie et printemps noirs, qui ont ensanglanté le pays. Avec des parcours individuels de personnages si bien campés que l’en croit les reconnaître. Des événements qui mêlent l’histoire et le romanesque pour mieux rendre cette atmosphère tragique mais édifiante de toute une époque. Un tableau épique dans lequel une jeunesse porteuse d’espoir se voit réprimée et étouffée comme des couvées d’hirondelles…
Auteur éclectique qui a déjà signé La part du feu, Les remparts de la liberté Le grand saut et un éponyme Si Moh ou M’hand, la vaine musique du vent, Rachid kahar, esprit lucide et clair à la plume fine, loin du révisionnisme destructeur, donne l’exemple d’un écrivain qui écrit non pas pour se donner une quelconque aura, mais pour éclairer et construire l’avenir de sa patrie.
Tarik Djerroud
