Semaine de solidarité par le livre scolaire

Parmi les exigences d’une reprise pédagogique réussie, il y a l’organisation de la solidarité avec les familles démunies. Elle prend souvent une allure multiforme. La forme la plus connue désormais est cette prime de 2000 DA instituée par le président de la République et qui mobilise à chaque rentrée les services d’état civil des APC, les cellules de daïras et bien entendu les établissements scolaires qui collectent les dossiers des demandeurs. A voir la ruée des citoyens que subissent les guichets des services communaux, cette prime constitue un véritable révélateur de la précarité sociale et de la pauvreté qui sévit dans de nombreuses familles. La pauvreté est tellement sévère que certains citoyens n’ont pas hesité dans un passé récent à constituer des dossiers de demande de cette prime alors qu’ils sont salariées et ne rentrant pas dans les catégories concernées par cette aide. 7000 cas de filiation à la CNAS auraient été relevés et rayés des listes des bénéficiaires. Pour atténuer un tant soit peu cette indigence, la commission de wilaya de solidarité scolaire vient d’adresser une correspondance aux 772 chefs d’établissements les invitant à faire de la première semaine de la rentrée scolaire une semaine de solidarité par le don de livres scolaires, d’effets vestimentaires et autres fournitures pouvant servir à la scolarité de l’enfant défavorisé. Collecter tout ce qui peut servir à l’enfant en collaboration avec l’association des parents d’élèves et le redistribuer aux enfants scolarisées issus de familles pauvres est en réalité une opération qui dure toute l’année, souvent à l’insu des bénéficiaires par respect pour leur amour propre. Lors d’une réunion tenue jeudi passé au technicum Ihaddaden, le représentant de cette commission wilayale de solidarité scolaire s’est étonné du fait que certains chefs d’établissement lui adressent des tableaux où les quantités de livres récupérés et offerts aux démunis sont nulles. Interrogé à ce propos un proviseur répond « La solidarité avec les pauvres est une valeur de base de la culture du citoyen algérien, mais elle s’exprime avec une certaine pudeur, elle n’a pas besoin de publicité et d’actes d’ostentation. La solidarité suit des canaux familiaux, voire villageois. Les citoyens qui sont dans le besoin ont leur amour propre et leur dignité, il y a cependant une nuance à apporter concernant la pratique de solidarité en ville et à la campagne. L’anonymat social qui prévaut dans les villes va de pair avec une pratique de solidarité institutionnelle par contre la proximité familiale qui caractérise le village et la campagne requiert une forme d’entraide plus cachée. En général, chaque famille prend en charge ses pauvres les plus proches ». Il est ainsi établi que dans les établissements des zones rurales pourtant défavorisées par rapport à ceux de la ville, la solidarité fonctionne à plein et sans bruit même si les tableaux statistiques ne reflètent pas le phénomène. « Encourager et apprendre à l’enfant la culture du partage et de l’entraide relève des valeurs de base de la citoyenneté, mais imposer des procédures et des canaux à cette solidarité, c’est faire jouer à l’école un rôle qui n’est pas le sien », ajoute notre interlocuteur pédagogue.

R. O.