Rachid Oulebsir au Café littéraire de Béjaïa – «Le silence des intellectuels est doublé de voix dissonantes»

L’entrée en matière était des plus directes. Rachid Oulebsir pose presque sans préambule la thématique qu’il est venu traiter avec son public du Café littéraire de ce samedi 23 juin.

«Mon objectif est de saisir l’oral et de le transporter à l’écrit, de capter l’expression, le ressenti du citoyen commun …». Cette préoccupation transparait apparemment dans tous les ouvrages de l’auteur. C’est toujours ce «risque» de disparition d’une culture ancestrale qui guide ses projets d’écriture. Tout en reconnaissant sa nostalgie d’une société «idéalisée», l’auteur des Derniers Kabyles (2007, Tira éditions), rappelle les vertus de celles-ci et ses capacités à avoir puisé et su profiter des apports des autres cultures. «La société kabyle avait ses vertus. Nous avons un patrimoine culturel qui mérite la protection de l’Unesco. Cette société je l’aime, si on veut me taxer d’archaïque, je prends», assène-t-il sans nuance. Mais cette «idéalisation» est loin d’être un rejet d’une modernité qui aurait pu donner l’occasion à cette société de vivre pleinement ses valeurs et ses pratiques. L’auteur soutient que plusieurs de ces pratiques aurait pu être actualisées. Certains témoignent même d’un esprit très en avance face aux défis de l’heure, à l’exemple du traitement des déchets ménagers, tel que pratiqué chez les Kabyles. Une préoccupation écologique transparaissait dans ce traitement bien avant l’heure, selon lui. «Mais nous subissons une momification sociologique», conclut-il. La métaphore fait allusion ici à son dernier ouvrage Le rêve des momies. Et c’était là l’occasion de parler du rôle de l’intellectuel au sein de sa société. Sans vouloir faire de celui-ci un «surhomme», Rachid Oulebsir regrette le silence dans lequel les intellectuels algériens se sont complus à une certaine période tout en s’éloignant en grande majorité de leur devoir. En réponse à un intervenant, il précise que cette «lâcheté intellectuelle» n’est pas propre aux intellectuels algériens. Loin de la justifier, il tente quand même de l’expliquer par un contexte qui n’aurait pas été en leur faveur. Ceci étant, et tout en tenant compte de ce contexte national, le communicant conclut à un «silence coupable» qui a fait de l’intellectuel algérien un «intellectuel d’Etat». Bien que l’intervenant du Café littéraire ait surtout voulu parler littérature, les débats ont tourné autour de questionnements plutôt politiques et «sociétaux». Cela témoigne des attentes du public, et partant, d’une frange importante de la société qui témoigne de la nécessité de créer des cadres plus à même de prendre en charge les préoccupations les plus urgentes de cette société.

Nabila Guemghar