2 février : Journée mondiale des zones humides – Le défi de la préservation des milieux d'eau en Kabylie

L’Algérie célèbre aujourd’hui la Journée mondiale des zones humides, déclarée comme telle en 1971 par la Convention de Ramsar, tendant à sensibiliser le public et les différents acteurs de la société sur l’importance des zones humides, sous toutes leurs formes, dans la préservation de la biodiversité et des grands équilibres environnementaux, ainsi que du cycle hydrologique dans la nature. Dans un contexte de réchauffement climatique à l’échelle de la planète, les ressources hydriques revêtent une importance majeure, aussi bien en tant que bien de consommation (domestique, agricole et industrielle), qu’en tant que milieu vivant permettant le développement de la faune, de la flore, des zones touristiques,…etc. La définition internationale donnée pour les zones humides est la suivante: « les zones humides sont des étendues de marais de fagnes, de tourbières, d’eaux naturelles ou artificielles, permanentes ou temporaires, où l’eau est stagnante ou courante, douce, saumâtre ou salée, y compris des étendues d’eau marine dont la profondeur à marée basse n’excède pas six mètres ». L’Algérie a fait inscrire sur la liste de Ramsar une cinquantaine de sites; d’autres sont en instance d’études. En Kabylie, la vallée de la Soummam a pu être introduite sur cette liste à partir de 2011, et un arrêté du wali de Béjaïa, signé en mai 2013, a interdit les rejets solides ou liquides dans cette zone allant d’Akbou à Bejaïa, sans traitement préalable. Cependant, dans cette vallée ou ailleurs, les zones humides, classées ou non, continuent à souffrir d’un développement anarchique de l’urbanisme et des infrastructures, comme elles pâtissent, d’une façon générale, d’une gestion non encore maîtrisée de l’environnement. L’exemple qui illustre sans doute le mieux cette situation est le lac de Réghaïa, inscrit depuis 2003 sur la liste de Ramsar, et qui souffre de la pollution urbaine et industrielle, ainsi que du recul effarant des dunes côtières qui le cernent par le nord (en raison de l’extraction illicite de sable). La Kabylie, située majoritairement dans les étages bioclimatiques subhumide et humide, foisonne de sites humides où se côtoient rivières, sources résurgentes, marais, nappes phréatiques et les zones aménagées d’eau (dites artificielles), à l’image de retenues collinaires et de barrages hydrauliques. À elles seules, les failles karstiques du Djurdjura constituent un véritable château d’eau qui éclate, dans les piémonts nord et sud, en centaines de sources dont les plus importantes sont la Source noire à Saharidj, la source d’Agouni Gueghrane et la source d’Ath Ouabane. Les nappes phréatiques de l’oued Sebaou, avec ses affluents de l’oued Aïssi, et la vallée de la Soummam, avec tous les apports venant des Bibans et du Djurdjura, sont une richesse précieuse qu’il convient de prendre en charge sur le plan de la protection (contre le vol de sable, le rejet des effluents industriels ou domestiques et les rejets solides). Les lacs de barrage se sont multipliés au cours de ces dix dernières années. Ils ont même contribué à la création de microclimats locaux caractérisés par une humidité chronique. Taksebt, Tichy-Haf, Tilesdit, Koudiat Acerdoun et Ighil Temda totalisent, à eux seuls, un stock de plus de 1,3 milliards de mètres cubes d’eau. C’est là un capital qui mérite entretien, protection et exploitation rationnelle. Dans le contexte de la grande problématique mondiale relative aux changements climatiques qui augurent de jours difficiles pour la planète, la protection des ressources hydriques et des éléments biotiques et minéraux qui leur sont intimement attachés, relève d’une mission noble et urgente que les pouvoirs publics, le monde associatif et les milieux universitaires se doivent de prendre en charge et d’assurer pour les générations futures. Le paradoxe de la Kabylie est que ses milieux naturels, à commencer par les zones humides, souffrent de pollution et de différentes agressions anthropiques sans que la région n’accède à un développement industriel d’envergure. Les eaux usées domestiques, les effluents de certaines unités de fabrication, les margines des huileries (chargées de phénols et polyphénols à dégradation très lente), les déchets domestiques solides biodégradables et non biodégradables, les huiles mécaniques, et d’autres éléments rejetés dans la nature, posent des problèmes sérieux pour la propreté  le maintien et la pérennité des milieux humides en Kabylie. Certaines actions menées dans le cadre de campagnes de nettoyage en 2013, qui plus est, de portée très limitée, n’ont pas eu la vie longue. Les états généraux de l’environnement qui ont été tenus en octobre 2013 à Tizi-Ouzou ont révélé une situation grave, reconnue comme telle par l’ensemble des acteurs. Le wali, M. Bouazghi, n’a pas mâché ses mots pour dire que « la situation de l’environnement dans la wilaya de Tizi-Ouzou est grave. La résolution du problème de l’insalubrité nécessite la volonté générale de tous les acteurs de l’administration et de la société civile ». De son côté le président de l’APW, Haroun Hocine, lors du séminaire organisé en septembre 2013 sous l’intitulé « recyclage valorisation des déchets: un enjeu pour l’économie et l’environnement », avait relevé « le mérite de l’activité associative, largement perceptible dans la wilaya de Tizi-Ouzou, et ce, en apportant des propositions concrètes et des solutions fiables; et tout cela, en bousculant des tabous, et, chose importante, en arrivant à convaincre la société ». Malgré le début de prise de conscience sur la donne environnementale, le chemin est encore long pour faire valoir définitivement les règles devant régir l’équilibre général des milieux naturels, et, en l’occurrence, les milieux humides, que la communauté internationale s’est fait un devoir universel de faire protéger par les pouvoirs publics locaux et par les milieux associatifs.

Amar Naït Messaoud