L’orthographe en folie

A l’ère du dictionnaire en ligne et des CD offrant douze dictionnaires pour le prix d’une bouteille de limonade, des spécialistes en sérigraphie et autres décorateurs, n’arrivent toujours pas à soigner leur orthographe. C’est en effet le spectacle désolant qu’offrent les pancartes ornant les devantures des magasins et autres établissements publics. A Béjaïa, malgré une vocation disons touristique, les gérants des lieux commerciaux s’aventurent à présenter à la vue des passants quelques écriteaux aussi saugrenus que loufoques. Ce désastre purement linguistique que l’on fait subir à la langue de Voltaire va des consonnes doublées à tort et à travers jusqu’au « I » qui remplace le « y » en passant par des calques et des néologismes qui sont loin de tenir la route. « Le sedeur » pour dire « soudeur » côtoie « vente de pièce détachées vraies » pour « pièces d’origine », « glaces fraîches » comme s’il existait des glaces chaudes, taxi-phone, pour KMS, « Kodak » pour photographe et la liste est encore longue. Dans la panoplie des perles qui s’offrent à la vue, on peut constater des mots écrits comme on les prononce, « libriri », « taba et journos », « soyez les biens venues »… La mode est aussi, ces derniers temps, aux fourgons de transport qu’on dénomme comme on peut : « la sitelle », « le dauphin », « l’aigle des vents » et même, tenez-vous bien, « le chameau des montagnes » rien que ça !Dans tous les cas de figure, on arrive tout de même à se demander s’il y a une autorité ou une quelconque instance qui contrôle ce genre d’appellation. La palme du désastre orthographique et sémantique revient à ce café situé sur la côte est qui offre à la vue un écriteau lumineux sur lequel on peut lire : le plaisir des « con-somateurs » et à ce bar qu’on a osé dénommé « le petit coin » !

A. M. Arezki