Un village au bout du monde

«Il n’y a pas de plus beau que de passer sa vie au pays natal/. Nulle chose ne remplace cette splendeur/ Mais lorsqu’on a plus de place sur ca terre/ natale S’exiler devient inévitable/ On s’éloigne ailleurs vers d’autres cieux», chantait le grand chanteur kabyle Youcef Abdjaoui. Natif du village Ath Alouane, l’auteur de «Ledzayer telha» (L’Algérie est belle) ne passe que très peu de temps dans le pays qui l’a vu naître. Dès son jeune âge, il s’envole à la Ville Lumière, Paris, pour y travailler et passer toute sa vie ou presque. Des décennies sont passées depuis le départ du barde même si tant de gens de son village continuent à lui emboîter le pas. Chacun a ses raisons même si une chose semble être partagée par tous, l’enclavement du village. Les autres habitants de la commune d’Akfadou disposent de moyens inexistants chez leurs frères Alouanis. La distance qui sépare ledit village du chef-lieu de la bourgade des Ath Mansour est de 10 km. Pour acheter de la viande, par exemple, il faut faire ce trajet à pied. Ces derniers temps, un bus marque sa présence sur la route. Cependant, le problème n’est guère réglé, puisque à certaines heures de la journée le véhicule ne passe pas. Sans compter les indéterminables pannes du «tobis». En tout cas, cette initiative de faire un transport pour la région est louable. Et comme les automobiles des particuliers passent via Ikedjane, même la chance de faire l’auto-stop s’effrite. L’autre jour une vieille a effectué le pénible trajet à pied pour des médicaments. L’unique pharmacie est à Ferhoune au centre de la commune, c’est-à-dire loin des Ath Alouane. Imaginez tous les désagréments qui s’imposent à tant de gens «oubliés». Dans le village reculé, rien ne bouge ou presque. Nombre de personnes ont quitté leurs demeures pour tenter de refaire leur vie ailleurs sous d’autres cieux. Ici, il n’y a que deux épiciers qui tentent de garantir l’essentiel pour leurs clients. Les jeunes n’ont qu’un petit garage pour se distraire, pour eux, c’est une salle de jeux. Mais en réalité, l’espace d’évasion n’est doté que d’un seul et unique baby-foot. A quelques métres se trouve le café du village, l’unique bien sûr, pour s’offrir une boisson ou s’attabler. Dans ce lieu, il faut bien regarder sa montre, car l’ouverture est de 16h à 21 au plus tard. Si non il faut se contenter de s’asseoir dans un coin ou bien d’aller à la mosquée. La monotonie quotidienne oblige les gens de fuir ces espaces si chèrs. Certaines personnes ne sont guère déconcertées, elles sont là et leur vie si simple est à savourer. Pour les jeunes ce n’est absolument pas le cas, avec l’avénement des chaînes de télévisions numériques, d’autres horizon les laissent rêver. On ne cesse de parler de ceux qui ont quitté la région pour réussir ailleurs où trône la vie. «Notre village souffre énormément, on ne dispose de rien, même pour se soigner, la salle des soins n’arrive pas à garantir le minimum. Pendant plus de 3 mois, le médecin n’est venu qu’à quatre reprises», raconte un jeune de la région. Au temps des métamorphoses, les choses de la vie quotidiennes tardent à être accessibles pour tous. Peut-être que la vie est ailleurs ?

Mohand Cherif Zirem