Une déliquescence des valeurs morales, qui aboutit généralement à des intolérances assez graves, a marqué la région ces derniers jours. De l’église Tafat brûlée par des individus au saccage du chantier, qui devait accueillir une mosquée, la Kabylie a-t-elle mis « le doigt dans l’engrenage » ? Tout porte à le croire lorsque l’on sait que c’est son caractère laïque, qu’elle a su préserver des siècles durant, qui est souillé par ces « extrémismes » naissants. L’attaque menée contre l’église Tafat de Tizi-Ouzou, il y a de cela quelques jours, a remis au goût du jour le débat sur la liberté de culte, qui jusque-là, a été respectée par la population locale qui voyait en cette liberté le fer de lance de tout projet de société moderniste. Mais à force de cohabiter avec les forces de régression qui prennent naissance de la démission des politiques et des associations et de l’Etat de droit, ce sont ses fondements qui en prennent un coup à cause de tous ces agissements qu’elle condamnait auparavant. « Il n’y a pas loin du Capitole à la Roche Tarpéienne », dit-on de la déchéance et de l’oubli suivant généralement les honneurs et la célébrité. La Kabylie est-elle condamnée à vivre les affres de l’intolérance qu’elle a combattue par le passé ? Est-elle désignée comme une planche de salut à ces extrémistes qui, en la possédant, savent pertinemment que c’est tout le pays, qui tombera sous leur coupe ? Si les choses restent en l’état et que la région, qui s’est singularisée par son attachement au respect des libertés dans un ensemble acquis à la frénésie religieuse, tombera entre les griffes des fanatiques, c’est tout le rempart national contre l’intégrisme qui sera détruit. Ce qui s’est passé à Aghrib n’est pas un fait isolé. L’entêtement des deux parties a conduit à des actions condamnables. Ni l’association religieuse du village ni l’autre n’ont le droit d’imposer leur choix. Il est du ressort des autorités concernées de régler le contentieux avant que l’irréparable ne soit commis. Les informations rapportées par la presse font état d’une obstination de la part de l’association religieuse du village à imposer son choix de l’assiette qui abritera le projet contre vents et marrées. Dans ce cas de figure, l’Etat en tant que garant de la loi doit intervenir pour mettre fin aux agissements de l’une de ces associations, qui, de par son statut d’association agréée, agit à sa guise, surtout lorsque l’on sait que des partis, en mal de représentation locale, se faufilent ainsi via ces associations pour faire valoir leurs projets. Une association religieuse n’a aucun droit d’être à la solde d’un parti quelconque. Elle a pour devoir de gérer, comme le stipule la réglementation, sa mission, en dehors de toute connivence avec des cercles politiques. La même réglementation est appliquée pour les associations de village ou de comités de villages qui ont la noble mission de défendre les droits des citoyens, sans s’immiscer dans la chose politique. Dans le cas contraire, c’est toute l’image de ces associations qui sera ternie par des comportements violents à la limite de l’intolérance. La Kabylie aura à trouver une issue salvatrice à tous ces agissements, qui participent, non pas à façonner son image de marque, mais à amoindrir ses forces en faveur des lendemains enchantant. Mais où sont les Kabyles qui ne juraient que par « Djemeâ liman » ?
M. Mouloudj
