Le seuil des sièges communaux à peine franchi, l’on découvre sans étonnement des groupes de citoyens venus «solliciter» que leurs droits leur soient accordés.
Pour certains, le problème d’acquisition d’un logement social est devenu crucial au fil des années qui passent. «C’est le énième dossier que je dépose et j’attend plus de vingt ans. L’on m’a toujours promis que mon cas serait étudié mais cela ne passe pas puisque des plus jeunes et mieux nantis ont été logés et pas moi». Pour d’autres, l’aide à l’auto construction fait l’objet de leurs déplacements et cela depuis plusieurs années.
Da Lhocine n’oublie pas : «J’ai déposé mon logement au moment où les élus de l’équipe précédente faisaient leur campagne, il y a de cela une dizaine d’années. Rien pour l’instant». Les problèmes d’assainissement, de goudronnage des chemins de village, de bétonnage et autres sont réglés au cas par cas et cela a trop duré. De l’avis de la plupart, la déception est énorme. Les résultats du scrutin n’ont pas répondu à l’attente. Les détritus qui jonchent tous les coins de rues, c’est un doux euphémisme. Les chiens errants hurlent et se disputent des restes qui font aussi le plaisir des chacals. Le risque demeure de devoir faire face à des épidémies datant du siècle dernier tels que la rage, le typhus ou le choléra. Et les services d’hygiène se doivent d’intervenir. Les établissements scolaires sont logés à la même enseigne que les villages. Et l’on ose affirmer face à la caméra d’une télévision émettant de l’étranger que les problèmes de chauffage et d’alimentation en eau potable, de même que la disponibilité d’agents de service, sont réglés … comme par un tour de magie. La vérité est toute autre : il a fallu l’intervention des membres de l’Association des Parents d’Elèves d’un établissement, lesquels se sont rapprochés de la commune qui leur a promis de «rembourser l’achat des tuyaux d’échappement des gaz» et l’association s’est retrouvée avec une facture à payer. Certains établissements, si ce n’est la plupart, en sont encore à se débrouiller avec des poêles à mazout récalcitrants et irréparables, tributaires d’un approvisionnement au compte goutte. Quant à l’affectation d’un agent de sécurité dans les établissements scolaires– objet d’une intervention du ministre de l’éducation – cela semble relever de l’utopie.
L’éclairage public a fait l’objet d’une révision mais, pour l’heure, beaucoup de poteaux attendent leur transformation en candélabres. Au chef-lieu de daïra, les panneaux de circulation routière ont refait leur apparition. Les lieux réservés au stationnement des fourgons de transport continuent d’être squattés tandis que le nouveau sens interdit – plutôt ancien puisque le panneau précédent a disparu durant une nuit noire où les chats sont tous gris – installé aux abords du siège communal continue de pourvoir les finances publiques car souvent «grillé» par des usagers qui n’en font qu’à leur tête.
Il semble que ce sens interdit devrait faire l’objet d’une étude où il apparaîtrait que le sens obligatoire est devenu un entonnoir à proximité du stade où la circulation et le stationnement ne répondent à aucun critère de civisme. Ils sont nombreux ceux qui se contentent de s’arrêter, un peu n’importe comment, le temps d’une discussion avec une connaissance, le temps de faire quelques emplettes, le temps aussi de prendre une tasse de café à la cafétéria du coin. Pour ce qui est de savoir si l’on «gène» la circulation, la question ne se pose pas, sauf si un policier apparaît au coin de la rue.
Il semble aussi que certains élus se décident à des promesses qu’ils se savent eux-mêmes incapables de tenir. Les jeunes continuent vaille que vaille à croire en leur chance de figurer dans la fameuse liste de l’emploi de jeunes.
Pour l’heure, les dossiers emplissent les armoires et ces jeunes-là ne cessent de se dire qu’ils ne se sont pas assez expliqués avec les élus, qu’ils n’ont pas choisi les mots adéquats, qu’ils n’ont pas assez rouspété lorsqu’ils ont pu accéder au bureau du maire ou de ses adjoints.
Pourtant, lors de chaque élection, les candidats – leurs candidats – font appel à leurs services. Ahmed, un jeune chômeur de longue date, le résume en deux mots : «Servez ! Servez ! Il en restera toujours assez pour servir dans les bureaux des permanences des partis. Les résultats du scrutin officialisés, les permanences ferment leurs portes et, une fois élus, ils ne sont plus serviteurs».
Et d’ailleurs, pour ce qui est des permanences, existent-elles vraiment ou serait-ce une utopie ? Tous les partis en sont au même point : ces permanences servent durant les campagnes. Les élus communaux, les députés et autres sénateurs ont certainement oublié qu’une permanence de parti doit ouvrir ses portes 12 mois par an ! A toute heure, un citoyen doit pouvoir contacter un élu à … la permanence ! Mais la société continue de se leurrer elle-même : l’on a toujours soutenu des candidats prometteurs tout en sachant pertinemment que, après le scrutin, rares sont les élus qui tiennent leurs promesses.
L’habitude étant prise, les citoyens se préparent à rectifier le tir – au moment de glisser le bulletin dans l’urne – pour choisir le candidat qui, lui au moins n’ayant rien promis, n’aura pas de promesse à tenir. C’est ainsi qu’ils en sont à penser, avant terme, aux échéances prochaines qu’ils appellent de tous leurs vœux. Au fait, c’est pour quand ?
Sofiane Mecherri
