Coincé entre deux collines, « le Corbeau » et le massif du Djurdjura majestueux et défiant le temps, le village se trouvant en contrebas est traversé par un chemin communal qui mène vers Tizi Mella, Aït Ergane et les Ouacifs. C’est ici qu’a eu lieu un certain 12 juillet 1955, la bataille de Kouriet, qui s’est soldée par la mort de 12 chouhada et une perte considérable du côté de l’armée française. C’est au milieu de ces paysages arides, accentués il est vrai par la canicule ambiante, que fut érigé à la mémoire de ces martyrs, un monument qui immortalisera le sacrifice suprême. Juste en face de ce monument, une autre bâtisse plus imposante et qui contraste avec le milieu s’offre aux yeux du visiteur. Il s’agit de l’école primaire qui a été construite à coup de millions de dinars sonnants et trébuchants. Réceptionnée provisoirement, il y a de cela plus de cinq années maintenant, l’école est toujours non fonctionnelle et n’attend qu’à ouvrir ses portes aux enfants de Tafsa Boumad qui continuent jusque-là à fréquenter l’école primaire d’Agouni Gheghrane, distante comme nous l’avons dit d’environ 2 km. Un citoyen, fonctionnaire de son état à l’université de Tizi Ouzou, que nous avons rencontré par hasard sur les lieux, nous fait savoir « Que cette situation a assez duré. En hiver, au moment des vents forts et des neiges glaciales nous sommes dans l’obligation d’accompagner nos enfants jusqu’à Agouni Gueghrane ». La raison du report de l’inauguration officielle et effective de cette école est selon notre interlocuteur, liée à l’absence de courant électrique dans cet établissement. Pour ce faire, nous a-t-il dit « Plusieurs devis ont été établis par l’APC, mais à ce jour les travaux n’ont jamais été entamés. « Devant notre insistance, le citoyen finira par nous faire comprendre que le problème perdure à cause des intérêts personnels des uns et des autres. Chacun voulant bénéficier au passage du branchement du réseau à faire. En attendant, c’est toujours ce joyau éducatif et à travers lui, les enfants de Tafsa Boumad qui continuent à payer les frais de l’antagonisme né de l’absence de l’électricité dans ce hameau. Quarante deux ans après l’indépendance, ce village théâtre de la célèbre bataille mérite que l’on s’intéresse un peu plus à son sort. Sinon c’est bonjour l’exode rural, et qui lui fera subir ainsi le même sort que celui du village voisin, Tizi Mella, abandonné au point de le choisir pour le décor du film « La colline oubliée » de Abderhamane Bouguermouh, tiré du célèbre roman de Mouloud Mammeri. Si petit qu’il soit, en matière d’environnement Tafsa Boumad n’a rien à « envier » aux grandes villes en matière de pollution. Une décharge sauvage a été implantée au fil du temps par les habitants, qui n’ont pas d’autre alternative que de verser leurs déchets ménagers entre l’école gardée 12h sur 24, et le… cimetière du village. Pour laisser le cimetière propre, un mur en parpaing est entrain d’être bâti par les habitants. Les travaux ne sont pas encore terminés. D’autres défis attendent Tafsa Boumad, le plus important étant celui relatif à son alimentation en eau potable. Une conduite denudée par l’érosion traverse la décharge. « Elle est vide » confie désolé notre interlocuteur, qui a bien voulu nous offrir de l’eau fraîche pour nous désaltérer. La conduite qui alimente le village est moins épaisse. Le Djurdjura, le magasin des neiges est à moins de 10 mètres. La chaleur nous suffoque, nous abandonnons Tafsa aux cigales. Les premiers troupeaux de brebis commencent à sortir des maisons, à la faveur de « Tizwa », du pied de la montagne.
M. Ouanèche
