SID-ALI YOUCEF, président de la commission santé, hygiène et environnement de l’APW de Tizi Ouzou – «Le concours dépasse désormais le volet environnemental»

À travers cet entretien, Sid-Ali Youcef, président de la commission santé, hygiène et environnement de l’APW en charge de la gestion et du suivi du concours du village le plus propre, fait le point sur les préparatifs de la 7e édition.

La Dépêche de Kabylie : Où en sont les préparatifs de la 7e édition du Concours Aïssat Rabah ?

Sid-Ali Youcef : Nous avons clôturé les inscriptions. 70 nouveaux villages se sont porté candidats cette année et vont donc se disputer les dix Prix mis en jeu. Nous avons aussi la participation des villages lauréats des éditions précédentes, environ une trentaine. Donc au total, notre commission aura à visiter une centaine de villages. La semaine prochaine, nous tiendrons une réunion avec l’ensemble des membres de la commission d’évaluation pour tracer un programme de sorties. Une fois tous les villages visités et notés, ce qui interviendra avant septembre, les fiches de notations signées par les membres de la commission d’évaluation et le président de l’APW seront transmises sous-scellées à un huissier de justice pour le classement. Les résultats seront proclamés comme par le passé lors d’une cérémonie à l’occasion de l’anniversaire de l’assassinat de Rabah Aïssat, initiateur du concours.

La participation des villages a baissé par rapport à l’édition 2018. Comment expliquez-vous cela ?

On s’attendait, en effet, à une participation record, le concours ayant beaucoup gagné en notoriété. La compétition a même fait des émules, que ce soit au niveau de notre wilaya qu’au niveau national. Les autorités de wilaya ont annoncé l’organisation du concours de la ville la plus propre, les APC ont, elles aussi, annoncé l’organisation du concours du village le plus propre au niveau communal, d’autres APC ont également décidé de tenir des concours de la meilleure façade, comme c’est le cas aux Ouadhias, en plus d’autres wilayas comme Béjaïa et Blida qui ont décidé de faire la même chose. Le concours est donc sorti hors de la wilaya et c’est une bonne chose. Mais la participation dans notre wilaya a, en effet, diminué à cause notamment des événements que connaît notre pays. Il y a comme de l’incompréhension et de la confusion dans les esprits. Notre concours est avant tout une compétition citoyenne qui n’a rien à voir avec le système ni encore moins avec le pouvoir. Il ne nous reste plus qu’à espérer une plus importante participation à la prochaine édition.

Des nouveautés pour cette 7e édition ?

En effet, nous avons introduit de nouveaux paramètres cette année. Il s’agit tout d’abord de l’implication de la direction de la culture au niveau de la commission d’évaluation. Il y a également un concours parallèle pour les villages lauréats des éditions précédentes. S’agissant du barème de notation, nous avons introduit de nouveaux critères de sélection, à savoir le tri et le compostage, la promotion et la socialisation de la langue amazighe et du patrimoine berbère. Nous allons aussi noter les projets réalisés sur les fonds propres des villages et nous avons aussi obligé les villages lauréats à réaliser des projets à hauteur de 25% du prix dans le domaine environnemental.

Quels sont les objectifs assignés à cette édition ?

Le concours Aïssat Rabah a pour mission principale la sauvegarde des valeurs ancestrales de la Kabylie, à savoir le consensus dans le village, la solidarité, la tolérance, le vivre-ensemble… Tout cela dans un espace saint et propre. La création et le maintien de la dynamique citoyenne, sachant que le village est un espace libéré par le citoyen qui veille en permanence à la sauvegarde des valeurs de son espace. Pour cette édition et grâce au concours entre villages lauréats, nous voulons maintenir la dynamique agissante et l’engagement citoyen pour le maintien de la propreté, la préservation de la nature et de la solidarité villageoise.

Comment qualifieriez-vous l’état de l’environnement à travers la wilaya ?

Je dirai qu’il y a une prise de conscience citoyenne et même chez les pouvoirs publics qui commence à se pencher sur ce volet. Je dirai néanmoins qu’il y a encore beaucoup de chose à faire dans le domaine de l’environnement, qui nécessite des efforts considérables et des moyens importants pour améliorer l’état des lieux. Au niveau des villages, il y a une nette amélioration, mais au niveau des chefs-lieux et des villes, il faut encore travailler.

C’est votre mot de la fin ?

Je rajouterai juste que les choses doivent être prises très simplement : nous voulons renouer avec nos valeurs ancestrales faites de consensus, de solidarité, d’union et de propreté. Autrefois, même si les conditions n’étaient pas pareilles, les villages étaient propres, parce que chacun balayait devant sa porte, en plus des volontariats et des opérations de solidarité organisées régulièrement. Le retour aux sources et aux valeurs ancestrales constituera la solution qui mettra un terme à l’insalubrité et à l’agression de la nature. Nos sorties sur le terrain sont toujours axées sur les échanges et une écoute des préoccupations et des doléances des citoyens, en vue de contribuer à leur prise en charge. On peut dire que le concours constitue une tribune pour la prise en charge de certaines doléances. L’objectif est aussi le développement des villages, pour développer toute la wilaya. Finalement, l’objectif n’est pas seulement d’ordre environnemental, mais c’est aussi de tirer les villages vers le haut et le meilleur.

Entretien réalisé par H. T.