La Dépêche de Kabylie : Comment êtes-vous venu à l’écriture ?
ll Ahcène Belarbi : Mes premiers écrits datent de très tôt, vers les débuts du collège. L’attrait pour la littérature y est essentiel. C’est même déterminant, dans la mesure où l’amour de la littérature est différent de celui de la lecture tout court : les domaines de lecture sont nombreux et n’incitent pas tous à l’écriture, ou à la création au sens large du terme. Ma passion de l’écriture, qui s’avérera, plus tard, un besoin irrépressible, m’est venue sous l’impulsion des écrivains français du XIXe siècle, mais aussi de Féraoun, Dib, Mammeri, etc. Mon esprit rêveur et ma sensibilité valétudinaire ont favorisé l’éclosion d’une introversion errante et foisonnante.
Et ça continue toujours… J’ose dire : l’écriture est ma raison d’être.
Quelles sont les thématiques principales de vos écrits ?
ll Bien que je vive en France, ma source principale d’inspiration, à l’instar de beaucoup d’écrivains d’origine algérienne, reste l’Algérie. Mes écrits ont principalement trait à la période post-indépendance du pays : l’Algérie dénaturée et spoliée, le malaise récurrent de la jeunesse, les traditions muselantes, l’obscurantisme religieux, l’exil forcé, les rêves et les destins brisés sont les principaux thèmes que j’essaie d’exploiter. Bien sûr, l’élément autobiographique y est incontournable, du moment qu’il participe d’une période donnée, liée à des événements vécus de près ou de loin.
Comment voyez-vous la littérature algérienne dans ses différentes langues ?
ll Tant que la liberté de création et d’écrire est aliénée, c’est-à-dire, tributaire de l’idéologie du système – du moins concernant les maisons d’éditions nationales -, le champ littéraire algérien restera amputé de l’essentiel : son âme. La pensée, les idées ou la vision, bref, l’inspiration d’un écrivain ne se décrète pas. La rupture commence à s’opérer avec quelques éditions privées dont il faut saluer les initiatives, malgré, je suppose, le manque de moyens appropriés. Concernant les talents, je crois que chaque époque a, et aura les siens. Sadek Aissat, Youcef Zirem, Arezki Metref, Ali Malek, Rachid Mokhtari et quelques autres donnent un souffle nouveau à la littérature algérienne d’expression française, dans ses différents genres. Dans la langue berbère, certains écrivains comme Salem Zénia et Rachid Aliche ne sont plus à présenter. Ighil du fru, le dernier roman de Salem Zénia a eu même le prix de la Bibliothèque nationale d’Alger, ce qui est une reconnaissance pour l’auteur et pour la langue tamazight. L’initiative de Ahcène Mariche pour son recueil de poésie, Id yukin, démontre l’engouement que suscite cette langue auprès des jeunes générations. Ce qu’il faut éviter, à mon sens, c’est l’emploi abusif de néologismes, qui rendent la lecture abrupte. Quant aux écrivains arabophones, je n’ai lu que feu Benhadougua dans la version française. Des jeunes écrivains d’aujourd’hui, je ne connais malheureusement personne. Donc aucune opinion là-dessus. Mais pour qu’une littérature s’épanouisse, il faut et la liberté d’écrire et les moyens d’édition.
Quels sont vos projets de création ?
ll Mon troisième livre qui s’intitule : Des rêves et des soupirs vient de sortir à Paris. C’est un mélange de pensées intimes et de regards subjectifs sur les ravages que peuvent générer, dans les esprits et dans les cœurs, l’étouffement social et l’exil. En chantier j’ai un ouvrage, composé essentiellement d’articles et d’interviews, sur l’Année de l’Algérie en France, et un roman. Ce n’est pas facile de trouver le temps d’écrire. Plus dur encore de se déconnecter de la réalité pour immerger dans le sujet à traiter. Je ne peux écrire que quand l’émotion me submerge et m’enferme dans une sorte d’état second. Une attitude, hélas, pas toujours comprise des proches. C’est le prix à payer.
Propos recueillis par Farid Ait Mansour
